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                                REFLEXE - LA LETTRE DE L’URF

Numéro 35 : Février 2010

 

> Véhicules « décarbonés » : une urgence paradoxale !

Le 14 décembre 2009, au CCFA,  Claude Cham, Président de l’URF, a ouvert une Rencontre de l’URF sur le thème  : « Véhicules décarbonés : où, quand, comment ? » avec la participation de Jean-Louis Legrand, coordinateur  interministériel pour les véhicules décarbonés et Luc-Alexandre Ménard, Président du pôle de compétitivité Mov’eo.  Yves Crozet, Président du Think tank de l’URF animait cette conférence. Il expose dans ce numéro les enseignements de ce débat.


Suite à l’annonce du plan national en faveur des véhicules électriques et hybrides rechargeables, et alors que les constructeurs annoncent la mise prochaine sur le marché de « modèles décarbonés », les observateurs que nous sommes tous sont partagés. Pouvons-nous croire à l’imminence d’une rupture technologique majeure ? A l’avènement rapide d’une nouvelle ère de l’automobile capable de répondre aux exigences d’une  mobilité économe en émission de gaz à effet de serre ? Ou devons-nous écouter les sceptiques, ou peut-être tout simplement les réalistes, qui nous rappellent que le véhicule décarboné se heurte à des obstacles nombreux : techniques, économiques, sociaux etc. ?


Lors de la Rencontre de l’URF, Jean-Louis Legrand, coordinateur  interministériel pour les véhicules décarbonés nous a invités à ne pas opposer ces deux points de vue, mais à les conjuguer. Il suffit pour s’en convaincre de mettre en relation d’une part la croissance annoncée du parc automobile mondial, qui va dépasser dans quelques années le milliard de véhicules, avec ce que l’on sait de la rareté relative croissante du pétrole et des contraintes qui s’annoncent sur les émissions de gaz à effet de serre. Il y a donc urgence à innover dans le secteur automobile, mais la notion d’urgence ne doit pas induire en erreur. Elle ne signifie pas que les choses vont changer rapidement, que dès 2012 ou 2015 les ventes de véhicules décarbonés vont représenter 10 ou 20% des ventes de voiture. C’est en cela qu’il y a paradoxe. S’il y a urgence, ce n’est pas parce que nous avons la solution technique et qu’il suffit de l’appliquer. C’est plutôt le contraire qui est vrai et cela va contre (para) l’opinion (doxe).

Le sens commun associe en effet l’urgence à la rapidité. Or, dans le cas qui nous occupe, s’il y a urgence, c’est que les choses vont aller lentement sur un chemin qui est loin d’être tracé !


 Lenteur d’abord parce que nous observons depuis plusieurs années un renouvellement de plus en plus lent du parc automobile. La substitution des véhicules décarbonés aux anciens modèles, ceux qui continuent à nous faire rêver par leur design ou leur puissance, va donc prendre plusieurs dizaines d’années !

 Incertitude ensuite parce que l’éventail des solutions techniques reste encore largement ouvert. Comme nous l’a indiqué Luc-Alexandre Ménard, Président du pôle de compétitivité Mov’eo, un long chemin reste à parcourir. La notion même de véhicule décarboné est volontairement floue. Elle marque une volonté de rupture, traduite par l’évolution de la réglementation dans de nombreux pays européens et manifeste dans les efforts des ingénieurs. Mais elle ne signifie pas la disparition du moteur thermique, qui peut et doit encore faire des progrès. Dans le même ordre d’idées, le tout électrique n’est pas la solution unique. Les motorisations  hybrides  vont  sans  doute  jouer  un   rôle
important dans la longue transition qui s’ouvre devant nous.

En essayant de donner un contenu à cette transition, les membres du Think Tank de l’URF, qui, avec l’aide de MM Syrota et Hirtzman, se sont penchés sur cette question le 27 novembre 2009, ont aussi conclu  que nous allions nous hâter lentement.

- Pour des raisons techniques tout d’abord. Ainsi, la chimie des batteries reste encore mal maîtrisée, tout comme l’électronique de puissance. De nombreuses questions restent en suspens sur la durée de vie, le recyclage, le type optimal de recharge, sans oublier les questions clés sur l’origine de l’électricité, son transport, sa distribution. Des voitures électriques mues par une électricité produite avec du charbon ne sont pas une solution viable. Mais la production nucléaire de l’électricité pose aussi des problèmes de disponibilité. Combien de centrales et quel réseau faut-il pour recharger simultanément des  millions d’automobiles ? La réflexion doit aller au-delà du véhicule et de la motorisation. Elle débouche sur une approche plus décentralisée de la production et de la distribution d’électricité à travers par exemple le concept de « smart grid ».
 
- Les questions économiques sont également nombreuses. Dans un véhicule électrique, la batterie coûte aujourd’hui aussi cher que la voiture elle-même. Un modèle économique reste donc à inventer qui pourrait se fonder sur la location de batteries. Mais le fonctionnement peut vite devenir complexe si l’on y ajoute des systèmes d’échange express entre batterie vide et batterie chargée. La question du prix de l’électricité va aussi être importante, tout comme son pendant fiscal. La taxe intérieure sur les produits pétroliers rapporte aujourd’hui près de 25 milliards d’euros. Il ne peut y avoir généralisation des véhicules électriques sans « innovation » fiscale !
 
- Les questions sociales et culturelles sont au moins aussi importantes que les précédentes. N’oublions pas en effet que l’engouement mondialisé pour les véhicules thermiques   est   très   largement   fondé   sur   deux
caractéristiques fortes du pétrole : sa puissance massique d’une part, son faible prix relatif d’autre part (aujourd’hui, environ 30 centimes d’euros hors taxe le litre). Aller vers un véhicule décarboné, ce n’est pas substituer une solution moderne et propre à une technique ancienne et sale. C’est,  dans un premier temps, accepter de ne plus disposer de la même puissance et de la même autonomie et dans un second temps, se retrouver contraint, d’une façon ou d’une autre, de payer plus pour se déplacer, ou encore de se déplacer moins, ou différemment.
 
De tels changements ne vont pas de soi. Il ne faut pas chercher ailleurs les hésitations des pays émergents comme l’Inde et la Chine devant les contraintes issues du réchauffement climatique. Comme le montre la progression spectaculaire des ventes de voiture dans ces deux pays, la fringale de mobilité explique que la demande reste forte pour la puissance massique du pétrole. La dépendance (l’addiction ?) au pétrole va  donc  rester  durablement  forte,  et  pas seulement pour la mobilité routière, que l’on songe au transport aérien !
 
C’est justement pour cela que nous sommes devant l’impérieuse nécessité de réduire cette dépendance et d’imaginer des véhicules décarbonés. Rappelons d’abord que même s’ils offrent pour de nombreux déplacement une alternative pertinente à l’automobile, les transports collectifs ne peuvent rivaliser avec le véhicule particulier. Celui-ci est, en effet, le seul à nous offrir, à 360°, une vitesse de déplacement très supérieure à la marche à pied (5 à 10 fois plus). Cette réalité est une donnée essentielle de notre niveau et de notre qualité de vie, celle que nous envie justement les milliards d‘habitants des pays du Sud. Ainsi, l’urgence du véhicule décarboné n’a pas seulement une dimension technique et économique, elle nous demande non pas de changer nos modes de vie du tout au tout, mais de nous préparer à des arbitrages qui nous permettront de conserver l’accès à la mobilité automobile, mais en recourant pour cela à des véhicules moins puissants, moins autonomes, plus légers, dotés d’une moindre vitesse maximale et  sans doute plus coûteux.  Une pilule évidemment difficile à avaler elle nous sera administrée à petite dose !

 

 

> Résultat de l’enquête de 40 millions d’automobilistes auprès de ses adhérents : « Votre prochaine voiture sera-t-elle électrique ? »


Les principaux résultats de cette enquête réalisée entre décembre 2009 et février 2010 soulignent :

 1 personne sur 2 envisage d’acquérir une voiture électrique (49 %). Parmi ces personnes, la grande majorité, 68 % , pense utiliser ce véhicule pour un usage journalier urbain.

 22 % des personnes interrogées estiment  que la lutte contre  les émissions de CO2 pourrait accelérer le remplacement de leur véhicule actuel  par un véhicule électrique.

 Pour 59 % des sondés ce remplacement ne serait pas encore envisagé avant 2013…

  Les principaux éléments qui pourraient freiner  l’acquisition d’un véhicule électrique sont :  l’autonomie et le prix.


http://www.40millionsdautomobilistes.com

 

 
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